La crème de la French Touch pour clore 2025

Alors que 2025 se termine, la Cuvée givrée de la Foire aux Vins revient au Parc des expositions de Colmar pour sa 4e édition. Pour la dernière soirée, le 30 décembre, elle accueille à nouveau la crème de la French Touch : Cassius, Breakbot & Irfane, Myd… rien que ça ! Révisez vos classiques au Pôle média-culture, où vous pourrez emprunter les albums phares de ces artistes. Petit tour d’horizon de ce qui vous attend.

Cassius

Formé dans les années 1990 par Philippe Zdar et Hubert ‘’Boombass’’ Blanc-Francard, Cassius (anciennement La Funk Mob) est un duo clé de la scène électronique française. Leur premier album, sobrement intitulé 1999 (année de sa sortie), est une exploration de la ‘’House filtrée’’ typique de la French Touch et des frontières ténues entre électro et hip-hop. Lignes de basses métalliques et suaves, synthés funky, samples soul et R&B, boites à rythmes Roland : 1999 est un concentré de musique de club (avec un petit coup de cœur pour « La Mouche », aussi troublant qu’il nous donne envie de danser).

1999, le premier album de Cassius.

Avec le changement de millénaire vient le changement de registre. Ainsi, Au Rêve (2002) troque partiellement le club pour le salon d’écoute. Malgré quelques élans techno, Cassius privilégie la recherche instrumentale en explorant les territoires de l’electronica planante, à l’instar de leurs contemporains de Air. L’album est également ponctué d’accents lounge et trip-hop (« Protection » !). Parmi les artistes conviés, vous reconnaitrez certainement la voix puissante de Jocelyn Brown et le phrasé minutieux de Dennis Coles, alias Ghostface Killah ! En bref, comme son prédécesseur, Au Rêve reflète parfaitement son époque, et préfigure même la suivante (« Barocco » a dix ans d’avance).

15 Again (2006) adopte une formule plus expérimentale, à mi-chemin entre le rock alternatif (« Toop Toop », avec Mathieu ‘M’ Chedid à la guitare), l’acid house (« Jackrock ») et un groove exotique (« See me Now », co-composé avec Éric Chedeville et Guy-Manuel de Homem Christo, moitié des Daft Punk) que préfigurait déjà 1999. Les morceaux sont (majoritairement) plus abrasifs et leur tempo plus rapide. Les voix sont davantage présentes, travaillées et nuancées (de la voix distordue de Philippe Zdar au timbre soul et tout en retenue de Pharrell Williams). Sébastien Tellier et Etienne de Crecy sont aussi de la partie.

The Rawkers (2010) marque un tournant dans la carrière de Cassius. Produit chez Ed Banger (label de Justice, DJ Mehdi, Mr Oizo…), cet EP contient le titre « I <3 U So », qui obtient un succès mondial immédiat et remet le duo au-devant de la scène électro. Le morceau est d’ailleurs samplé par Jay-Z et Kanye West sur leur album commun Watch The Throne (2011).

Enregistré entre Paris, New York et Malibu, Ibifornia (2016) se veut l’album de la fin des vacances. La première moitié veut vous faire danser (des percussions exotiques, une basse disco, des chants d’oiseaux… vous avez l’image) et la seconde vous rend nostalgique (à commencer par la complainte pop et aérienne « Feel Like Me »). Au programme (liste non-exhaustive) : Ryan Tedder (OneRepublic), Mike D (Beastie Boys), Cat Power, le saxophoniste Laurent Bardainne, et les revenants Pharrell Williams et Mathieu Chedid (qui signe toutes les parties guitare).

Sorti quelques jours après le décès de Philippe Zdar, Dreems (2019) reste dans la lignée stylistique d’Ibifornia, à la différence près que cet album se veut celui du temps suspendu et prophétise un été sans fin. Les voix résonnent, murmurent, se perdent dans l’abîme sonore. Les rythmes à 120-130 battements par minute (bpm) n’interviennent qu’à la moitié du disque et redescendent progressivement jusqu’au terme, le langoureux « Walking in the Sunshine ». Cassius retrouve le plaisir des morceaux à tiroir (l’ouverture lente de « Rock Non Stop » nous induit en erreur et nous rappelle que la fête ne prend jamais fin). L’épique « Cause Oui ! » marque le retour de Mike D et nous prouve une fois encore la complicité indéniable entre électro et hip-hop. En outre, une écoute attentive révèle quelques emprunts à la dub jamaïcaine (traitements des voix, effets de delay…).

Après Dreems, Boombass continue d’abord sous son propre pseudonyme, avant de reprendre celui de Cassius. En parallèle, il publie une autobiographie en 2021 : Boombass, Une Histoire de la French Touch. Enfin, en octobre dernier est sorti « Dance On ». Enregistré en 2018, ce titre est le dernier officiellement produit avec Philippe Zdar.


Qu’est-ce que la French Touch ?

La French Touch est une courant de musique électro français. Proche de la musique house, il connaît un succès international à partir de la fin de années 1990. Ses artistes représentatifs incluent Daft Punk, Air, Stardust, ou encore Cassius. Parmi leurs successeurs, on peut citer Kavinsky, qui s’est produit à Colmar en 2024 à la Cuvée givrée de la Foire aux vins.


Breakbot & Irfane

Breakbot (Thibaut Berland) fait ses premiers grooves sur le label Moshi Moshi Records, sur lequel il signe en 2007 l’EP Happy Rabbit. Bien que l’inspiration disco caractéristique de l’artiste se manifeste déjà, ce disque est résolument techno (rythmes syncopés dépassant les 120 bpm, sampling, sons saturés et déformés à l’extrême…). Sur « Stereo Provolone », Breakbot ne cache pas non plus son inspiration des Daft Punk (époque Human After All).

S’ensuit une période de transition. Breakbot signe chez Ed Banger. En 2010, il publie plusieurs remixes, dont « Nightcall » de Kavinsky, « So Light is her Football » de Air et « Roche » de Sébastien Tellier. Ce faisant, il transfigure totalement les morceaux originaux en en faisant des titres de dancefloor (avec un bonus de paillettes et de boules à facettes), à mi-chemin entre une synthwave rêveuse et une électro-disco lumineuse.

L’année 2010 marque aussi le début de la collaboration prolifique de Breakbot avec Irfane Khan-Acito. La voix douce et criarde du second complète à merveille le talent instrumental du premier. Propulsés par le tube « Baby I’m Yours », le duo fait dès lors partie de ces artistes que l’on reconnait dès la première mesure d’un morceau.

Après la publication de plusieurs singles, Breakbot passe le cap du premier album. By Your Side (2011) est un cocktail de pop électronique et de nu-disco, porté par un groove inimitable et les voix d’Irfane et Ruckazoid. L’artiste parvient à faire cohabiter le disco-funk et le soft rock des années 1970 et 1980 avec la musique électronique contemporaine. Accords de piano dynamiques, basses rondes, arpèges métalliques scintillants, riffs de guitare funk (vocation rythmique), harmonies de guitare légèrement distordues (solos) et pulsation en 4/4 (héritée du disco) sont les ingrédients clés de la recette Breakbot. Le résultat est sans appel : un savant mélange romantique et festif. Mention spéciale pour « Another Dawn », sorte de contrepoint mélancolique à « Baby I’m Yours ».

Des violons pas tout à fait réalistes, quelques notes de synthétiseur, une basse riche, un arpège venu d’ailleurs… Ainsi débute « Back For More », premier morceau de Still Waters (2016). Tout est dans le titre, me direz-vous : Breakbot et Irfane sont de retour pour un deuxième plongeon, et pourquoi changer une formule imparable ? Vos pieds bougent déjà ! Peut-être cet album est-il plus équilibré que le premier : les morceaux semblent s’enchaîner avec plus de fluidité, le tempo ralentit, les basses sont plus caverneuses. L’héritage French Touch semble davantage assumé (l’exemple phare est « Wet Dream », titre 100% instrumental avec lequel le concept de ‘’house filtrée’’ prend tout son sens), de même que les consonances R&B (« Too Soon », avec la voix de Yasmin). Au final, un morceau sur deux tend plus à la rêverie ou au spleen qu’à la danse, et c’est tout aussi bien.

L’album Still Waters, de Breakbot et Irfane.

L’aventure ne s’arrête évidemment pas ici. En 2018 sort le single Another You (qui comprend l’hypnotique « Don’t Stop The Dance »), toujours en collaboration avec Irfane. En 2020, Breakbot et Irfane sont invités sur l’album Nosso Ritmo de Yuksek (« The Only Reason ») et la compilation For Beirut (« Taqa », également produit avec Yuksek), en soutien au peuple libanais suite aux explosions survenues la même année. Sortent par ailleurs le single Be Mine Tonight (avec Delafleur) et deux ans plus tard, l’EP Remedy.

Myd

Myd (Quentin Lepoutre) démarre sa carrière musicale en 2009, au sein du groupe lillois Club Cheval (avec un album, Discipline, sorti en 2016). Entre 2011 et 2015, il réalise trois EP en solo sur le label Bromance : Octodip (2011) est un concentré de house music 100% électronique où se côtoient des sonorités métalliques chaleureuses et des échantillons vocaux percussifs. Freak Andy (2013) reprend les mêmes ingrédients, y ajoute un certain nombre de sweeps et autres bruitages, actant un virage techno. Comme Breakbot, l’influence des Daft Punk est palpable (en témoigne « Lambert Alert »). Le musicien revient sur les territoires house avec Bromance #20 : Numero Uno (2015). Il choisit cette fois de se passer de la dimension vocale et met le piano au premier plan (le disque comporte à ce titre une version a ‘’Piano-Pella’’ de « Face D »).

Le Lillois passe chez Ed Banger en 2017 et change du tout au tout avec All Inclusive, EP contenant le titre « The Sun », qui le hisse dans la cour des grands. Sa façon de produire est différente. Myd échange le piano pour la guitare (soit avec un son clean, soit légèrement désaccordée et en vibrato), qui va devenir son style distinctif un certain temps. All Inclusive propose une pop électronique légère, mélodieuse, estivale, sans perdre le côté dansant des débuts de l’artiste.

En 2019, Myd renoue avec la musique de club sur l’EP Superdiscoteca. Outre un storytelling évocateur, le disque s’appuie sur une house solaire et un nu-disco entre Cerrone (le motif au synthétiseur y est pour beaucoup) et The Blessed Madonna (sur le plan structurel).

L’album Mydnight, en CD, de Myd.

Après la sortie de plusieurs singles, Quentin Lepoutre met enfin sur pied son premier album, Born a Loser (2021), mélange habile de ses racines (le morceau éponyme pour preuve) et de son tournant pop. A l’image d’All Inclusive, Born a Loser se veut plus commercial (ce qui n’est pas nécessairement un défaut) et persiste dans le storytelling estival. On y trouve un certain nombre de pépites : le désormais classique « The Sun », le duo « Moving Men » avec l’étrange Mac DeMarco (dont le style se rapproche beaucoup de celui de Myd), une version house du succès reggae « Now That We Found Love » de Third World, « Whether The Weather »… Comme une validation, ce dernier titre sera remixé par le pape de la techno française Laurent Garnier.

« The Sun » ressort en single en 2022, en featuring avec JAWNY. Le succès est à nouveau au rendez-vous et les deux artistes se produisent aux Victoires de la Musique la même année.

Le deuxième album de Myd voit le jour en 2025. Mydnight met de côté les guitares mais conserve le soleil. Le Lillois garde à l’esprit le concept d’une pop où l’on tape du pied, tout en élargissant son horizon : tendances reggaeton et alt-R&B sur « All That Glitter Goes » (produit avec les rappeurs Trueno et Channel Tres), emploi de samples soft rock, folk et country (respectivement, Ace, Vera Hall et Jim Ford), « 9am » semble être une fusion soft-pop-comptine… Pour autant, Myd reste fidèle à son parcours, avec un soupçon d’acid (« A.M.E.R.I.C.A. ») et bien évidemment les sempiternels bruitages et artefacts sonores. Détail intéressant : le mastering (étape intervenant après le mixage) de Mydnight est signé Alex Gopher, autre ponte de la French Touch.

La closing party de la Cuvée givrée aura lieu le 30 décembre 2025 à partir de 19h, au Parc des expositions de Colmar.
Plus d’infos : cuvee-givree.fr

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