Dans les écoles primaires de Colmar, plusieurs dispositifs favorisent l’inclusion. Des classes permettent à des élèves en situation de handicap de suivre une scolarité en milieu ordinaire, tout en respectant leurs besoins spécifiques. Leur mise en place résulte de partenariats entre les associations du handicap, la Ville de Colmar et l’Éducation nationale.
« Je suis content de voir Myriam et Victor. » Timéo est élève de la classe l’unité d’enseignement externalisée (UEE) à l’école Serpentine, gérée par l’association Adèle de Glaubitz. Il fait part de son humeur à ses camarades. C’est un rituel. Tous les matins, dans leur salle de classe, les élèves s’assoient en cercle et prennent chacun leur tour la parole, à l’aide d’une tablette ou de cartes représentant les émotions. « Chacun dépose ses craintes, ses frustrations », précise Victor Oulelou, l’enseignant. « Il est très important d’accompagner les élèves dans les moments de transition, comme celui de l’accueil. » Ce matin-là, l’enseignant se réjouit de la journée à venir. « Oui, avec ce beau soleil ! », complète la jeune Léa, alors qu’un rayon entre dans la pièce.
Cette UEE existe depuis la rentrée de septembre 2023. Elle est située à l’école élémentaire Serpentine. Le concept ? Permettre à des élèves accueillis à l’Institut médico-éducatif (IME) Saint-Joseph de suivre leur scolarité en milieu « ordinaire », dans une école. Les élèves, qui ont entre 10 et 13 ans, sont en situation de déficience intellectuelle légère (troubles du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, troubles du spectre de l’autisme). Ils sont confrontés à des problèmes d’autonomie ou d’interactions sociales. Mais tous les lundis, mardis, jeudis et vendredis, aux mêmes horaires que leurs camarades, ils sont à l’école.
« Nous travaillons à l’unisson »
Plusieurs temps rythment les journées, entre exercices pédagogiques, activités éducatives et jeux. Après le tour de parole, les enfants rejoignent leur place : ils peuvent choisir entre un îlot de 6 places assises, un autre de 4 ou une table individuelle. Myriam Wischlen, éducatrice spécialisée, et Victor Oulelou distribuent des feuilles. Mais ils ne font pas tous le même exercice. Le binôme garde un œil sur chaque enfant, pour répondre aux questions ou proposer des adaptations. « Nous travaillons à l’unisson, pour être au plus près des besoins spécifiques des enfants », confie l’éducatrice spécialisée, qui exerce ce métier depuis 30 ans. Les enfants peuvent se réguler eux-mêmes. La classe a été aménagée pour leur permettre de le faire : ils peuvent par exemple s’installer sur des tables individuelles et sortir des boîtes de jeux, avant de retourner travailler. « À travers le jeu, ils vont pouvoir exprimer beaucoup de choses. » Mais bien sûr, il faut respecter la règle et la ranger après utilisation.

Des projets avec les autres classes
En ce moment, ils travaillent avec enthousiasme sur leurs créations artistiques : certains font du “diamond painting” (création de tableaux à l’aide de strass disposés sur une toile adhésive) ou de la peinture au numéro. Quand tout sera terminé, ces tableaux seront exposés dans la bibliothèque de l’école.
L’heure de la récréation sonne. Dans la cour, les élèves se mélangent. Ils occupent les terrains de basket et de foot, ou s’assoient sur les bancs. Autant d’occasions pour les élèves de l’UEE d’intégrer les codes qui régissent la société, mais aussi de gagner en autonomie. « Ici, les élèves de l’UEE peuvent interagir avec les autres enfants et les adultes. Ils sont contents de venir », assure Victor Oulelou.
La récréation se termine pour les élèves de l’école. Ceux de l’UEE peuvent rester un peu plus longtemps dans la cour pour retrouver du calme. Pendant la pause de midi, ils iront manger à la cantine, située à deux pas, en même temps que les élèves de l’école maternelle.
« Nous sommes associés aux projets de l’école », ajoute l’enseignant. Les élèves de l’UEE ont participé, avec les autres enfants, aux séances de ping-pong, de piscine, à des ateliers de chant ou encore de lecture partagée.
Une véritable « équipe pluridisciplinaire » les accompagne au quotidien. Des visites régulières d’une psychologue, d’une orthophoniste, ou encore d’une psychomotricienne rythment les semaines. Un planning varié, mais parsemé de repères. Un autre rituel a été instauré. Chaque matin, les écoliers construisent leur agenda de la journée, en collant les activités prévues l’une en-dessous de l’autre. Un cadre rassurant, que l’enseignant et l’éducatrice veillent à conserver.
Qu’est-ce que l’école inclusive ?
L’école inclusive désigne l’ensemble des dispositifs mis en place dans les écoles publiques pour garantir à tous les élèves l’accès à une scolarisation de qualité et adaptée à leurs besoins.
Quels dispositifs existent à Colmar ?
Depuis la rentrée 2020, l’association Arsea pilote une Unité d’enseignement en maternelle autisme (UEMA) à l’école maternelle Sébastien Brant. L’UEMA est une classe qui fonctionne en autonomie à l’intérieur de l’école maternelle. Elle permet d’offrir un cadre spécifique et sécurisant aux élèves porteurs de troubles du spectre de l’autisme.
À l’école élémentaire Sébastien Brant, depuis janvier 2021, l’Arsea a mis en place un dispositif d’auto-régulation (DAR). Des élèves présentant un trouble du spectre de l’autisme sont intégrés dans des classes publiques ordinaires. Une classe a été aménagée où ces élèves peuvent s’auto-réguler, accompagnés de professionnels du secteur médico-social.
Depuis la rentrée 2023, à l’école élémentaire Serpentine, l’association Adèle de Glaubitz dispose d’une unité d’enseignement externalisé (UEE), permettant à des enfants de l’Institut médicosocial Saint-Joseph de suivre une scolarité en milieu ordinaire (lire ci-contre). S’il s’agit d’une classe spécialisée, les élèves bénéficient de nombreux temps d’inclusion dans le milieu ordinaire.
À l’école élémentaire Maurice-Barrès, une unité d’enseignement pour élèves polyhandicapés (UEEP) a ouvert à la rentrée 2024. Cette UEEP accueille 6 à 8 enfants par demi-journée, ayant un handicap lourd lié à des dysfonctionnements cérébraux. L’encadrement est assuré par 3 professionnels de l’association Résonance (1 éducateur spécialisé et 2 aides médicopsychologiques), tandis qu’une enseignante est affectée à cette UEEP.
La mise en place de tels dispositifs est le résultat d’appels à projets lancés par l’Agence régionale de la Santé, auxquels les associations répondent. Elles créent ensuite des partenariats avec l’Éducation nationale. La Ville de Colmar facilite l’implantation de ces classes, en particulier en trouvant les locaux dans les écoles. La collectivité reste en lien avec l’Éducation nationale et les associations après l’ouverture des classes.
Qu’est-ce que ces dispositifs apportent aux élèves ?
L’école inclusive vise à renforcer l’autonomie des élèves en situation de handicap, mais également à développer leur estime d’eux-mêmes. Ils ont l’opportunité de renforcer leurs apprentissages, sur les plans scolaire, éducatif et relationnel. « Les temps d’inclusion sont aussi très bénéfiques pour leurs camarades, qui ont ainsi une ouverture au handicap et apprennent à adopter des comportements bienveillants », note Sandra Fosse, chef du service éducation et jeunesse à la Ville de Colmar.



